Mercredi 11 novembre 2009
Comme toujours, ces propos n'engagent que moi. Alors si vous ne les partagez pas merci de ne pas lapider l'auteur.
« Ici c’est pas comme chez nous en Afrique, les enfants chez nous ils courent, ils jouent, ils tombent et se font mal mais ils apprennent. Ici ils sont comme en prison, faut les empêcher de
tomber pour pas qu’ils se fassent faire de mal » [Madame X. , hébergée au CHRS depuis 3 semaines]
Si l’on exclue le caractère comparatif et attaché à une culture d’origine, ces propos sont criants de vérité. En effet plus la journée passe au sein de ce Centre d’Hébergement et de
Réinsertion Sociale et plus je remarque que tout est fait pour éviter un mal quelconque. Barrière en bas des escaliers, tapis spécial pour les coins de jeux, nécessité de mettre des chaussons au
lieu d’être en chaussures,…. . Aseptisation au fur et à mesure d’un espace de vie en collectivité pour ne pas déranger son voisin, ne pas mettre à mal ses propres habitudes. Ce centre ressemble a
un immense panneau d’affichage à étages multiples, certains panneaux sont disponibles pour les usagers, certains sont disponibles pour les professionnels. Qu’il s’agisse d’indications à destination
des usagers ou des professionnels tout n’est que stimulation visuelle pour rester bien au centre d’un sentier balisé. Ce code de bonne conduite, le besoin impérieux de suivre ces panonceaux,
empêche les usagers et les professionnels de se rencontrer, tous poursuivants diverses sources d’information.
Le bureau en lui même est un exemple parmi d’autres. Cet outil, uniquement disponible aux salariés du centre, est un agglomérat d’indications variées. Entre le récapitulatif des numéros de
téléphone, le planning des entretiens éducatifs, le planning de la machine à laver, le rappel d’une secrétaire exténuée à force de débarrasser les tasses de café vides, et le protocole d’appels
pour les usagers, pas moins de douze documents sont scotchés à même le bureau ou sur les murs. C’est sans compter sur les documents protocolaires classés dans un coin du bureau, les agendas et les
répertoires, un dictionnaire blanchi par la lumière. Tout cela s’entasse sur deux petits mètres carrés, entre un ordinateur à écran plat (pour prendre moins de place qu’une bonne vieille antiquité
cathodique) et un standard téléphonique.
La salle de repas déborde de messages incitant à ne pas téléphoner, ne pas verser l’eau dans la fontaine, ne pas oublier de participer aux tâches ménagères, ne pas fumer, ne pas ceci et ne
pas cela. La question qui demeure, c’est peut-on faire quelque chose ? Car si l’impression de demeurer en prison à cause d’un règlement strict mais nécessaire à la vie en collectivité, une vie
collective imposée, non choisie, mais temporaire, cette sensation s’accentue par cette multitude d’appels visuels. Le couloir déborde a son tour d’obligations et d’interdictions en tous genre.
Certes les règles sont faites pour être appliquées. Mais dans la rue, en dehors des panneaux de signalisation réservés aux automobilistes, rien. Les gardiens de la paix, autrement connus de
part leurs fonctions de garants de l’ordre public, sont chargés de faire respecter cet ensemble cohérent dans lequel toutes les règles sont intériorisées et non visibles. Mais dés que l’on rentre
dans le centre tout est rappelé au moindre coup d’œil. Sensation d’étouffer alors que les locaux sont immenses, lumineux, volumineux. Ce contraste saisissant est en lui-même une explication à un
certain mal-être non souhaité par les travailleurs mais malheureusement présent.
Pourtant si cet affichage là est mis en place c’est en accord de tous, les professionnels les approuvent et les usagers les tolèrent. Cet accord tacite ne révèle en cela aucun malaise, mais
c’est une hypothétique source de maux. C’est pour le bien de tous, dit-on. Noam Chomsky parle de la dictature des bons sentiments, on veut faire le bien alors on agit activement contre le mal. Mais
qu’est ce qui est bien ? et qu’est ce qui est mal ? Ce genre d’argument n’est que purement subjectif. Récemment j’entendais encore un débat entre politiciens, à savoir quelle est la réelle
différence entre un résistant et un terroriste. Cette question n’a pas de réponse absolue, mais bien des réalités. Mais ceci est un autre débat ...