[Nouvelle] Rambarde

Publié le par Aurelynx

Chaleur étouffante de fin d'été. L'atmosphère est lourde, chargée d'émotions. Il ne sait plus ni le comment ni le pourquoi, mais il est là, debout face à son destin. Sa vie n'avait jamais pris autant d'ampleur qu'en ce moment même. Tout bascule si vite. Le moindre frémissement autour de lui peut avoir des répercutions incroyables. L'air est rare, les vapeurs d'essence lui montent à la tête.

Que fait cet homme ? Il regarde droit devant lui, les yeux dans le vague. Une larme a coulé le long de sa joue pour finir de rouler dans le col de sa chemise. Dépassé par les évènements. Un quotidien trop pressant, une famille insupportable, un emploi précaire, une dépression en cours de traitement. Que de malheurs pour ses frêles épaules. Mais ce soir, c'est décidé : il prendra le dessus.

Il est déterminé. L'objectif est proche. Son ultime but est là, à portée de main. Il saisit la rampe de métal et l'enfourche, comme on monte sur un vélo. La rambarde tient bon, alors il s'y cramponne fermement des deux mains.

A présent il ferme les yeux pour sentir le vent dans ses cheveux. Petit vent frais qui glace le dos. Un frisson lui parcourt l'échine.

Il a tellement mal. Ce cœur ne s'arrêtera donc jamais de battre ? Ce n'est même pas ce cœur qui fait si mal. C'est l'homme tout entier. Il se torture lui-même depuis des semaines. Tous les tracas de la vie quotidienne le rendent nerveux, tendu. Ses rêves l'ont délaissé et il ne pense plus qu'en matière de regrets. Début de la vieillesse mentale. Il ne digère plus ses maux, se saoule de mots durs et tranchants.

Reviens

« Jamais. Faire demi tour comme un lâche, ce n'est pas de mon habitude ».
Pauvre rejeton des Hommes. Il se borne avec des idées de fierté, alors que son essence elle-même est en jeu. Sa conscience l'appelle et il n'y répond même plus. Il ne s'écoute plus. Il ne s'entend même pas. S'il se voyait …

Reviens

« A quoi bon ? C'est trop tard à présent ».
Lorsque la fatalité s'accapare le cœur des Hommes, ceux-ci cèdent à toutes leurs pulsions. Il ouvre enfin les yeux.

La ville est belle en cette soirée. Les feux des voitures embouteillées ressemblent à des ribambelles de lumière. Rouge, blanc, rouge, blanc. D’ici, seules les lumières parviennent. Il fait trop sombre pour distinguer autre chose. Les enfants jouent en bas de leur immeuble. Ils parlent, crient, et rient. Lui, il ne pense plus à tout cela. Les jeux et les éclats d'humeur, tout vole autour de lui. Les émotions glissent sur sa peau comme des gouttes d'eau sur les plumes d'un oiseau.

Reviens

« Non je ne reviendrais pas. Je ne sais pas, je ne sais plus. Trop tard sans doute ».
C'est lorsque l'on prend conscience de la vie qui gravite autour de soi que le temps de bouger est déjà passé. Le mal le ronge, il a froid, il a peur. Il ne se sent plus a sa place. Le monde est vide. Et si seulement ...

C'est alors que dans un dernier sanglot il referme les yeux, et raide comme un bâton lâche la rambarde.



Automne 2006

Publié dans Nouvelle

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Virginie 13/12/2008 01:43

ahah! je l'avais déjà lue cette histoire... =)

Amaneda 29/04/2008 10:03

Une histoire émouvante qui me rappelle quelqu'un de proche qui j'espère trouvera la force de ne pas lâcher la rambarde.
Félicitations