La culture générale et le vocabulaire

Publié le par Aurelynx

« Le déclin de la culture générale est la conséquence de l’affadissement du vocabulaire par estompage. L’inconvénient de cette lacune, ce n’est pas de ne plus pouvoir briller mais d’engendrer la violence. »


Peut-on réellement dire que le déclin de la culture engendre nécessairement de la violence ?

L’affadissement du vocabulaire peut avoir une cause simple : suite à une diversification des savoirs, l’être humain prend moins le temps de lire. Ce manque de curiosité limite alors l’utilisation de vocabulaire précis, ce qui entraîne aisément des incompréhensions entre les individus. Sans pouvoir échanger des idées précises, l’incompréhension demeure, et ainsi engendre des difficultés de communication. Dés lors, un mot peut être employé à la place d’un autre, et ce mot peut être très mal perçu par le récepteur, qui traduira la phrase différemment. C’est à partir de là que se forment des violences. Tout d’abord verbales, ensuite morales et physiques.

Tout agit comme étant l’effet d’une mode, d’un phénomène de société. On entend souvent les personnes mûres dire « les jeunes ne lisent plus ». C’est vrai, je connais beaucoup de jeunes qui n’aiment pas lire. Mais comment expliquer ce fait puisqu’à l’école tous nous professeurs nous ont incité à lire ? le problème est dû au choix des œuvres à étudier.

Dans un cours de littérature on ne m’a demandé de lire que des œuvres d’auteurs décédés depuis très longtemps : Voltaire, Hugo, Balzac, Flaubert, … . Ces choix sont motivés dans le sens de la culture générale : ce sont des « classiques ». Mais pourquoi ne pas intéresser le lecteur (dans ce cas le jeune en classe) avec des auteurs plus récents, voire contemporains ? Il existe des livres très intéressants qui amènent à la réflexion personnelle et possédant un vocabulaire très développé. Je pense que ce serait une bonne idée de faire lire des œuvres de Bernard Werber (Les Fourmis, …), d’Amélie Nothomb (Métaphysique des tubes, Hygiène de l’assassin, …), de Daniel Keyes (Des fleurs pour Algernon), … . Avec des œuvres jugées par beaucoup « moins poussiéreuses » il serait bien plus aisé de redonner goût à la lecture. Ce phénomène commence à avoir lieu dans certaines classes. De plus certains livres ont beaucoup de succès chez les plus jeunes (Harry Potter par exemple).

Si l’affadissement du vocabulaire joue un rôle dans le déclin de la culture générale, il faut savoir qu’il en va de même pour ce que l’on appelle « phénomènes de mode ». De nos jours il n’est pas rare de croiser des jeunes voulant faire carrière dans l’audiovisuel parce qu’il est dans l’ère du temps d’être reconnu par un groupe d’individus. Pour le groupe Dolly, il s’agit d’un phénomène qu’ils décrivent comme « on pense que la vie ne sera bonne que si l’on passe à la télé » (extrait de Tous des Stars). La mode met en avant des personnes qui reconnaissent publiquement et sans complexe leur manque de culture : pas de lecture, pas d’attrait pour la musique, … . Ce phénomène conforte dans l’idée que l’on peut vivre sans aucune espèce de curiosité.

La culture est à disposition de tous. En effet, grâce à l’essor d’Internet tout le monde peut avoir accès à toutes les informations. Et encore ! Internet n’est pas réellement accessible à tous. Il est tout de même possible à tout individu de fréquenter une bibliothèque et de consulter des livres et documents sur place ! Le problème du déclin de la culture générale ne vient donc pas de là puisque tout le monde peut y accéder. Il s’agit donc (une fois de plus) d’un manque de curiosité.

Le manque de lecture entraîne un problème de vocabulaire et les médias vont aussi dans ce sens. Beaucoup de mots sont américanisés, adaptés à notre vocabulaire basique. On parle alors de kleenex, de sopalin, de frigo, de marketing, … On donne à la population des idées pré-mâchées dans ce que j’appelle le journal de désinformation (13h et 20h, sur TF1, par exemple). La langue française tomberait-elle en désuétude ? Non, mais trop peu de personnes prennent le temps de s’informer et de parler avec des mots précis.

Avec des mots dont le sens n’est plus précis (on a donné à certains mots des sens qu’ils n’avaient pas : c’est une adaptation du vocabulaire) les gens ne se comprennent pas. Ils pensent se comprendre, mais ce n’est pas forcément le cas puisque la pensée de départ n’est pas exprimée réellement. N’entend-on pas fréquemment des personnes dire « euh… bah c’est que oui mais non, enfin peut-être ». Comment exprimer réellement une idée sans avoir les mots clairs et indispensables pour formuler une phrase ? Mais si l’idée elle-même de la phrase est mal énoncée, comment une personne qui reçoit l’information (et ayant autant de vocabulaire que l’émetteur) peut-elle être certaine de bien saisir les tenants et aboutissants de la pensée ? Je me demande…

Je me rappelle l’admiration que je porte à un humoriste décédé depuis quelques années : Desproges. Son habileté à jouer avec le vocabulaire et la richesse de ce même vocabulaire faisaient de lui un être exceptionnel. Un individu tel que lui pouvait se vanter d’avoir de la culture. Il a bien fallu qu’il apprenne, qu’il découvre.

Le manque de culture générale referme l’esprit. Sans avis, l’être humain se noie dans l’incompréhension et il devient malléable, un individu quelconque peut alors conditionner la pensée. C’est là dessus que jouent les publicitaires. La réflexion est orientée. C’est l’absence de culture qui favorise l’essor de petites cultures disparates qui évoluent au fil de l’offre et de la demande, aux modes sociétaires et aux lois du marché.

Ce défaut de culture générale, qui engendre un problème évident de réflexion et d’ouverture d’esprit, désordonne la société. Ainsi un individu prendra pour argent comptant beaucoup plus vite qu’au moment où l’on essayait de convaincre avec des arguments. Il est difficile de nos jours de trouver un homme (où une femme) politique ayant de réels arguments. L’Homme sans culture se retrouve donc tel un soldat derrière son « penseur ». Dés lors se crée une violence intellectuelle : le choc des cultures. Sans réflexion, l’individu rejette l’inconnu (puisqu’il n’a pas de curiosité, nous en avons parlé plus tôt). Par extension à ce problème se créent des violences physiques (exemple : suite à la montée du fascime en Allemagne avant 1939, A.Hitler mena une campagne d’éradication de peuples dits « impurs ». Le nazisme se base sur l’antisémitisme, qui est une réaction de peur face à l’inconnu).

Il existe cependant des contre-exemples. En effet, il ne faut pas stéréotyper la population française lorsque l’on dit qu’il n’y a plus d’attrait pour la lecture. Certes beaucoup de jeunes ont un dégoût prononcé des livres (combien de mauvais animateurs ont envoyé un enfant turbulent au coin lecture ? c’est le meilleur moyen de fâcher un enfant avec les livres…), mais il existe aussi beaucoup de personnes qui aiment lire. J’aime prendre le temps de lire et je ne dois pas être le seul dans ce cas.

De même, l’information est accessible par tous. Même si beaucoup de monde ne prend pas le temps de s’informer sur l’évolution de la société, il y a de nombreuses personnes qui lisent le journal quotidiennement et regardent le journal télévisé.

Ce qu’il faut, c’est redonner (ou donner) aux gens le goût de la curiosité. Contrairement à ce que l’on en dit, elle n’est pas un « vilain défaut ». La curiosité est une fenêtre vers le monde qui nous entoure. Elle n’est en aucun cas mauvaise. A partir de là, si l’on est curieux, on peut prendre la lecture comme un plaisir. C’est un plaisir de prendre un ouvrage et de le lire, de se laisser aller au grès des pages. On évoque trop souvent la lecture en faisant des grimaces ou en expliquant le côté ennuyeux des longs romans. Mais un long roman n’est pas forcément ennuyeux.

Il faut changer cette vision de la vie que l’on a dans notre société. Tout paraît plus calme, plus beau, lorsque l’on profite de tous les plaisirs minuscules de la vie. C’est ce que met en avant Philippe Delerm dans ses livres (La première gorgée de bière, …).

La culture générale permet l’ouverture d’esprit. C’est cette ouverture qui permet l’élaboration d’un « monde plus beau », ainsi qu’une lutte contre les violences de tous types (du moins, la culture générale ne favorise pas l’apparition de la violence). Ce n’est pas un moyen de briller en société. Il n’y a aucun intérêt à se vanter d’avoir de la culture, c’est pour cette raison qu’elle est « générale ». Comme l’a dit Coluche, « il y a des gens qui mangeraient du cirage pour briller en société ». Je ne suis pas sur que cela permettrait d’évoluer.

La seule utilisation de la culture générale est strictement personnelle : elle rend le monde de chacun plus « beau », plus « agréable à vivre ».

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