Reflexion personnelle sur l'art ephémère et le street art

Publié le par Aurelynx

 

J'ai souvent entendu une expression qui dis que « nul  n'est irremplaçable ». Ça a souvent fait écho en moi sans que je comprenne réellement pourquoi.

Pendant ma formation j'ai constaté a quel point les plus petits détails sont ceux qui nous changent le plus. On existe, on apporte une pierre a un édifice collectif, associatif ou de société, et on passe le relais. C'est un investissement personnel doublé d'une notion de temps. Nul n'est irremplaçable est une fatalité et un appel a l'optimisme. C'est profondément fataliste puisque l'on évoque la fin de toute chose, en occurrence une mort personnelle ou d'un groupe. On commence une action qui s'éteindra peut être sans qu'on le veuille. C'est un espoir parce qu'il est dur de penser qu'il n'y a rien après. Après nous ou après ce que l'on fait. On se met alors dans une dynamique dont nous sommes un engrenage parmi tant d'autres.

Alors a quoi ca sert de penser l'éphémère ?

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Il y a quelques semaines on ne voyait plus la couleur des murs à cause (ou grace) aux collages (a voir ici)


J'ai presque envie de répondre que c'est comme l'art tout court : ca ne sert à rien, et c'est bien là sa force et son intérêt. « Pas d'utilité » renvoie à une frivolité qui peut se permettre le luxe d'avoir un sens pour la personne qui crée. C'est là la force de l'accessibilité à tous de la culture en général.

Si, selon la fameuse citation reprise de maints auteurs, « Créer c’est exister », les ateliers de création artistique sont d’étonnants moyens de création et d’existence personnelle. C’est en créant que l’individu affirme sa personnalité, c’est en s’affirmant que l’individu s’ouvre au monde. J'ai rencontré un jour un adulte trisomique nommé Denis [j'ai changé son nom par pure convention], qui aime tellement la peinture qu’il en oublierait d’aller travailler. Lorsque je l’ai interrogé il était en train de peindre et m’a tenu ces propos, réalistes et touchants : « Ce que j’aime, moi, c’est les mélanges. Tu prends du jaune et tu prends du bleu. Il y a deux couleurs. Mais quand tu mélange comme ça [il me fait des grands cercles avec ces doigts en l’air] ça devient du vert. T’as inventé une troisième couleur. Ça a l’air de rien, mais moi ça me plait, c’est comme si je devenais moi en mieux ». Créer c’est exister. En profitant d’un plaisir simple Denis fait preuve d’un réflexe de peintre exigeant et décidé, il s’émerveille de lui-même. J’ai été très touché par cette « révélation ». Un mélange à mes yeux n’était qu’une logique applicable à toute autre couleur ou ingrédient, mais il révèle également une action. Créer c’est devenir acteur, passer d’un état d’objet à celui de sujet, passer d'un état de personne à celui d'individu socialisé et pensant.

L'art éphémère dans cela? Sa présence est en lien avec le temps qui s'écoule, ses jours sont comptés. N'importe qui peut l'admirer et parfois il m'arrive de regarder une œuvre et de m'y attarder un peu, ou de me sentir différent après l'avoir regardée. J'aime ce côté éphémère parce qu'il annonce tant bien un début qu'un espoir de fin le plus lointain possible. C'est une chance de l'avoir vu, si on peut le dire ainsi. On se sent transporté par le message d'une personne en sachant que tout le monde ne le verra pas forcément. C'est comme si on nous répétait un secret : ca se chuchote à l'oreille, ca reste entre peu de personnes, ca fait presque partie d'une certaine intimité. Et pour avoir connaissance de tout cela ca se mérite, il faut chercher...

Mais ce débat en entraine d'autres, peut être que je les creuserai un jour. En attendant si vous avez des avis n'hésitez pas, c'est en commun que l'on a les plus grandes réflexions.

Et vous, c'est quoi qui vous intéresse (ou pas) dans l'éphémère ?
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(ici il y avait un rhinocéros ... qui a disparu depuis)

 

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Emé 22/07/2010 03:31


L'art éphémère c'est comme un "secret qui se "chuchotte", je trouve cette définition magnifique. Je n'avais pas pensé au street art et à son éphémérité de cette façon, merci Aurelynx.
Je pense que l'art éphémère est représentatif de la vie, en soi. Il en est le symbole. Il y a la rencontre, c'est l'inspiration. Puis la naissance, souvent douloureuse, c'est la création. Puis la
marque laissée pendant la vie, avec ses rencontres, et ses intempéries, c'est le temps passé de l'oeuvre sur le mur, avec les autres grafs et tags qui s'ajoutent, avec ses passants qui la regarde,
avec la pluie qui vient tout sacager. Et elle a une fin, qui elle est obligatoire. Contrairement à d'autres oeuvres d'art qui sont "immortelles".
Et puis, ca recommence, le mur connaît une nouvelle oeuvre, et quelqu'un d'autre débarque sur terre...
J'aime beaucoup cette temporalité de l'art, ce passage qui est marqué. Cette pensée existant à ce moment précis, qui lui donne toute sa valeur, car peut-être qu'elle aura changé ou même disparu le
lendemain.
Et pour finir, une dernière remarque, son esthétique est aussi intéressante. L'art c'est aussi de l'esthétique, et il change l'aspect de nos rues, de nos habitations, de nos villes. Sont éphémérité
permet de renouveler l'esthétique de notre quotidien. Je trouve ca vraiment intéressant de passer devant le mur d'un immeuble qui est recouvert d'une gigantesque fresque, puis 1 mois après il n'a
plus que son mur blanc, et nu. Désolée pour la longueur de ces remarques, je me suis un peu lâchée, il est tard... C'est en tout cas un excellent sujet !


Aurelynx 23/07/2010 17:55



Pour etre honnete j'etais persuadé que tu répondrais, mais j'ignorais a quel point. Eh bien je confirme une chose, c'est qu'on est d'accord. Je n'avais certes pas pensé aux différentes étapes de
maturité d'une telle oeuvre, dans son processus d'élaboration physique si on peut le dire, j'en restais principalement à l'idée de la création et du message (de l'auteur, d'ailleurs la facon de
réaliser est forcément en lien avec la profondeur du message)


Et merci pour le lien depuis le rhinocéros ;)